dimanche 28 juin 2015

Une mission profonde

Que la grâce et la paix de Jésus-Christ soient dans tous les cœurs. C'est une joie d'être avec nos frères et sœurs dans ce moment de fraternité chrétienne et de culte à notre Créateur, le Dieu éternel. Et je vous transmets les salutations chaleureuses de l'Église baptiste de Perdizes, de l'Ordre des Pasteurs baptistes du Brésil et de la Convention baptiste du Brésil à tous les présents, mais, en particulier, à l'Église baptiste de Montpellier. 

Notre message de ce matin a un titre : 

UNE MISSION Profonde
Défis à un jeune pasteur baptiste


Pr. Jorge Pinheiro, PhD

Ouvrons nos Bibles dans Luc 4:16 à 21.

"Jésus se rendit à Nazareth où il avait été élevé et, conformément à son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture, et on lui remit le livre du prophète Esaïe. Il le déroula et trouva l’endroit où il était écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres; il m’a envoyé pour proclamer aux prisonniers la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de grâce du Seigneur.
Ensuite, il roula le livre, le remit au serviteur et s’assit. Tous ceux qui se trouvaient dans la synagogue avaient les regards fixés sur lui. Alors il commença à leur dire: « Aujourd’hui cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. »"

Nous sommes à Montpellier, en France, mais nous sommes invités à regarder un pays de l'hémisphère sud appelé le Brésil. Et nous le faisons avec deux questions :
Quel est le rôle d'un jeune pasteur baptiste brésilien, après trois ans d'immersion dans la culture française, de retour dans son pays, une société en développement, mais en crise éthique et sociale profonde ?
Comment le Christ, qui est au cœur de l'action et de la foi baptiste, peut être la solution aux problèmes du Brésil ?
Face à ces questions, TROIS AUTRES QUESTIONS DOIVENT ÊTRE PRISES EN COMPTE
• La première est qu'il y a effectivement une révolte généralisée des grandes villes brésiliennes et d'une grande partie de la population contre la situation actuelle. Par conséquent, nous sommes exhortés à réfléchir à une réforme profonde dans le sens Protestant Evangélique, Baptiste, avant que le cri de révolte d'une population qui s'éveille et qui réalise, qu'être exclue du progrès social et des possibilités d'amélioration de sa vie ne peut pas et ne doit pas être une situation irréversible et permanente.
• Le deuxième problème est que les manifestations et mobilisations qui ont marqué l'actualité avant le championnat du monde de 2014 au Brésil, soulignent ce que Thomas d'Aquin dit : "il y a un minimum de conditions pour la pratique de la vertu." Ainsi, l'existence de la vie dans des conditions inhumaines et injustes, poussent des millions de Brésiliens à commettre des actes contraires à la morale.

• Et le troisième problème, c'est aussi que le Brésil veut définir son identité en tant que nation : qui sommes-nous ? Quel rôle jouons-nous dans le concert des nations ?

Maintenant, comme nous le savons tous, il y a un conflit aujourd'hui au Brésil entre les désirs de réformes et une forte résistance au changement social.
Mais il est bon de préciser que le Brésil ne fait pas face à un problème de sous-développement, mais à un autre, plus complexe, qui est celui du développement inégal ou inégalitaire.
La résistance au changement au Brésil se trouve principalement dans le caractère patrimonial du Brésil et sa pensée archaïque. Et il suffit de regarder ce qui se passe dans les zones rurales traditionnelles -- le Nord-Est et d'autres régions -- mais aussi dans les zones urbaines du Brésil.
Face à cette situation, quelle est la mission d'un jeune pasteur baptiste ? Une réponse cohérente, qui présente des solutions aux grands dilemmes brésiliens est-elle possible ?
La situation brésilienne fait partie d'un contexte mondial, qui est le résultat des transformations sociales et des impératifs moraux et religieux découlant de l'utilisation étendue de la science pour les moyens de production. En fin de compte, la technique est bonne, car elle modifie les conditions de vie, mais, paradoxalement, elle a bouleversé l'équilibre du monde, renversant ses valeurs.

Nous sommes exhortés à vivre la réforme profonde en cours dans le sens Baptiste : car il n'est plus possible de tolérer l'exclusion de millions de Brésiliens.
Les jeunes pasteurs baptistes ne peuvent pas ignorer cette lutte pour la justice et leur message doit trouver sa source dans les attributs du Christ et dans ce qu'a été sa vie au milieu des hommes de son temps. Ce Christ rédempteur jette sur nous le défi du Brésil, car il est impossible d'adopter l'enfant Jésus et d'oublier la réalité de la crucifixion. De même on ne peut vivre au pied de la croix et oublier la réalité de la société dans laquelle nous vivons.

La vie du chrétien dans la société est la première étape pour construire l’action transformatrice en Christ. Nous lisons dans le texte de Luc 4. 18-19.
"L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé pour proclamer aux prisonniers la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de grâce du Seigneur."
Les études sur la marginalisation sociale de Jésus, les accusations qui lui sont faites par la hiérarchie sacerdotale de son époque comme nous le lisons dans l'Evangile de Jean 8:41, "Les Pharisiens disent à Jésus : nous, nous ne sommes pas des enfants illégitimes." Les accusations et les oppositions de ces hommes religieux face à Jésus, nous conduisent à quelques considérations intéressantes. 

En refusant que Jésus se déclare "Fils de Dieu", leur conviction était que Jésus n'avait donc pas de père. Il n'avait donc pas le droit d'avoir un nom. Puisqu'il était considéré comme quelqu'un d'origine inconnue et donc comme un enfant illégitime. De plus le fait d'être nommé "Jésus de Nazareth" (Luc 4:34, 18:37, 24,19; et Jean 8:48), indique qu'il vient d'un village de paysans et d'artisans, un village de peu d'importance situé loin des routes commerciales.

Pour les Pharisiens, la mention "Jésus de Nazareth", révélait donc l'identité géographique de Jésus et cette identité le disqualifiait pour compter parmi les gens d'importance, comme quelqu'un qui pourrait jouer un rôle important dans la vie politique et sociale de la Palestine. C'est pourquoi les maîtres de la loi l'accusent en disant : "N'avons-nous pas de raison de dire que tu es un samaritain ?" (Jean  8:48).

La généalogie géographique méconnue et périphérique fait de Jésus un palestinien socialement marginal. A cause de ses origines, Jésus n'avait donc, à leurs yeux, aucune crédibilité.
C'est donc en lisant le livre du prophète Esaïe, que Jésus marque son entrée dans son ministère politique et social. Il convient de rappeler qu'à l'époque, il y avait dans les synagogues une lecture permanente des prophètes de ce qui est pour nous l'Ancien Testament. Ce que nous voyons dans ce passage nous montre que Jésus a choisi volontairement ce texte.

Cette hypothèse repose sur la déclaration de Luc "Jésus se leva pour faire la lecture, et on lui remit le livre du prophète Esaïe. Il le déroula et trouva l’endroit où il était écrit …" 

Voici deux détails qui méritent d'être soulignés. Tout d'abord, nous avons ici la seule référence claire dans les Evangiles du fait que Jésus savait lire. 

Deuxièmement, pourquoi, lors de la lecture de ce texte d'Esaïe 61,1 à 2, il a omis une phrase, celle qui dit : "Il m’a envoyé pour renvoyer libres les opprimés." Qui ne se trouve donc pas dans Esaïe 61 que Jésus est en train de lire, mais dans Ésaïe 58.6 ? En fait, Jésus a utilisé les textes qu'il considérait comme l'exposition la plus utile à sa démonstration politique et sociale.
Au cours de son ministère, Jésus a fait usage de termes politiques, tels qu'une Bonne Nouvelle et "être Uni", ceci montre que cette sélectivité avait un seul but : parler d'une politique d'intervention sociale : promesse alternative à ceux de la présente délégation à l'époque. 

Donc, si nous lisons le texte présenté par Jésus, avec une perspective rabbinique, nous sommes confrontés à un rappel des commandements et des promesses de l'année du Jubilé, pour laquelle les injustices accumulées pendant des années devaient être corrigées. Sur cette année du Jubilé, nous trouvons, par exemple, dans la loi de Moïse ces commandements : 

"Vous ferez de cette cinquantième année une année sainte, vous proclamerez la liberté dans le pays pour tous ses habitants. Ce sera pour vous le jubilé: chacun de vous retournera dans sa propriété et dans son clan … Aucun de vous ne lèsera son prochain et tu craindras ton Dieu, car je suis l’Eternel, votre Dieu. Mettez mes prescriptions en pratique, respectez et mettez en pratique mes règles, vous habiterez ainsi en sécurité dans le pays." (Lévitique 25:10+17-18). 

Cette loi de l'année sabbatique devait avoir un impact positif sur la vie des habitants de la Palestine et pas simplement sur la vie des seuls membres du peuple d'Israël.

De même, le Royaume de Dieu à venir est un accomplissement du message prophétique de l'année sabbatique. En ce sens, le sabbat hebdomadaire est élargi durant toute l'année sabbatique. Le septième jour est un jour de repos, l'année du Jubilé est une année de réforme, un temps de restauration de ce qui avait été épuisé, aussi bien pour la nature que pour la vie sociale et les relations entre les personnes. 

La règlementation qu'on trouve dans Lévitique 25,1 à 26, concerne le droit des propriétés foncières et les propriétaires qui se sont enrichis par l'acquisition des terres. Le but de la loi était de mettre des limites au droit de propriété, c'était une façon d'enseigner que tous les biens, la nature et les hommes, appartiennent à Dieu. Personne ne pouvait donc posséder la nature et les gens en permanence et de façon définitive. Ce droit appartient à Dieu seul. 

Les sept années du cycle sabbatique trouvaient leur aboutissement dans la cinquantième année, celle du Jubilé messianique (Lévitique 25,8 à 24). En plus de ce texte du Lévitique, cette mention de l'année du Jubilé n'apparaît seulement qu'une seule fois dans l'ensemble de l'Ancien Testament dans le livre des Nombres chapitre 36.4. 

Mais le livre de Jérémie, chapitre 34,8 à 17 parle de la réforme sociale dans cette Jérusalem assiégée quand Sédécias a proclamé la libération des esclaves hébreux. De même, dans Esaïe 58,6 à 12 nous avons trouvé la réforme dans le cadre de la vision prophétique : 

"Voici le genre de jeûne que je préconise : détache les chaînes dues à la méchanceté, dénoue les liens de l’esclavage, renvoie libres ceux qu’on maltraite. Mets fin aux contraintes de toute sorte ! Partage ton pain avec celui qui a faim et fais entrer chez toi les pauvres sans foyer ! Quand tu vois un homme nu, couvre-le ! Ne cherche pas à éviter celui qui est fait de la même chair que toi …".

En ce sens, la réforme du Jubilé a fait de la restructuration économique et elle a œuvré pour les relations socio-politiques entre les peuples de Palestine.

Malgré les dispositions de Lévitique 25, le cadre économique et social des commendements du Jubilé messianique, qui comprenait même la restitution de la propriété, n'a jamais été réellement vécu par les Juifs. On constate donc que cette ordonnance sur la restitution des terres n'a probablement jamais été appliquée en Israël.

La proposition de réforme de ce Jésus marginal, conformément à la vision de la hiérarchie, a été l'annonce prophétique de l'entrée en vigueur d'une ère nouvelle, pour peu que ses auditeurs soient prêts à entendre et à accepter cette Bonne Nouvelle. Je ne parle pas d'un événement historique particulier, mais d'un espoir réaffirmé connu et attendu par les auditeurs du Christ : à savoir la réforme économique et socio-politique qui devait changer les relations entre les peuples de la Palestine.
"L’Esprit du Seigneur, de l’Eternel, est sur moi parce que l’Eternel m’a consacré par onction pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres; il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux déportés la liberté et aux prisonniers la délivrance, pour proclamer une année de grâce de l’Eternel et un jour de vengeance de notre Dieu, pour consoler tous ceux qui sont dans le deuil …" 

En commentant cette prophétie d'Esaïe 61,1-2, Jésus interroge ses auditeurs sur l'identité, sur la généalogie et sur l'origine géographique de cet homme dont il est question dans le texte, pour affirmer que sa présence, à ce moment-là, dans la Synagogue de Nazareth est l'accomplissement de cette promesse d'une profonde réforme dans la vie du peuple de Dieu. C'est ce que Luc montrera dans la suite de son Évangile : le réformateur marginal était le Messie promis. 

"Tous ceux qui se trouvaient dans la synagogue avaient les regards fixés sur lui. Alors il commença à leur dire: « Aujourd’hui cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, est accomplie." (Luc 4,20-21).
Et donc le Messie, "l'homme des migrants sans terre et sans nom", a présenté aux Juifs et aux Palestiniens un programme politico-social de réforme radicale. Ce programme est présenté et justifié par l'évangéliste Luc (4,14 à 30) où nous entendons Jésus rappeler que Dieu a fait comme une grève de sa justice en Israël au temps d'Elie en répandant sa grâce à la veuve de Sarepta et non aux veuves d'Israël et à Naaman le Syrien lépreux et non aux lépreux d'Israël.
Par cette prédication de la justice, Jésus annonce que tout le monde, les Juifs comme les Palestiniens, doivent jouir de la liberté individuelle et doivent avoir accès à toutes les richesses de la création et des biens produits par l'homme qui sont un don de Dieu pour répondre aux besoins humains. Et quand se référant aux promesses du Jubilé (Luc 4:19), Jésus ce « Nazaréen» - ce paysan sans terre et sans nom, ce qui était assimilé à une malédiction, affirme que la nature et les biens de ce monde étaient pour le bénéfice de tous, il condamne le monopole qui empêchait cette destination universelle. 

Dans ce texte de Luc, la justice qui est mise en avant dans le discours de Jésus avait pour but que chacun reconnaisse la gratuité de l'amour de Dieu en Palestine et plus tard dans le monde. Le message de Jésus est celui de la justice et de l'action juste, qui se réfèrent à la paix.
Si le discours de Jésus avait une portée immédiate pour les habitants de la Palestine, il annonce aussi l'universalité de la promesse messianique pour les hommes de tous les temps : il s'agit de la restauration du monde. Autrement dit, dans la perspective théologique de ce discours Jésus dit que la fin de la discrimination et de la violence s'accomplira en lui à l'heure de sa venue.

La proposition de réforme de Jésus le marginal a été l'annonce prophétique de l'entrée en vigueur d'une nouvelle ère, si les auditeurs veulent bien entendre et accepter cette Bonne Nouvelle. Je le répète,  je ne parle pas d'un événement historique particulier, mais d'un espoir réaffirmé connu et attendu par les auditeurs du Christ : à savoir la réforme économique et socio-politique qui devait changer les relations entre les peuples de la Palestine.

Jésus, le Messie attendu a affirmé que cette réforme profonde est accomplie en Lui, qui est présent à ce moment-là, dans la synagogue de Nazareth.
De la compréhension du texte de Luc, nous pouvons dire que les trois premiers points du programme concernent les aspects fondamentaux de la vie humaine :

La spiritualité qui appelle à annoncer que le temps est venu où le Seigneur sauve son peuple.
La manifestation du Christ dans la vie quotidienne.
La possibilité d'être dans le combat à côté de ceux qui luttent pour la dignité et la justice.

Selon notre conviction évangélique ces graines semées dans notre cœur par le Christ doivent être à leur tour semées par nous dans la vie de la nation.
Nous pouvons tirer quelques conclusions de cette approche prophétique.
Alef. La foi doit interpréter la condition humaine à la lumière de l'objectif de Christ. Et donc nous sommes les porte-parole du Christ pour parler des conditions de vie de nos contemporains.
Bet. Nous devons exercer une action éthique et sociale à la lumière de la compréhension des objectifs donnés par le Christ à son peuple. Et le fondement de notre prédication est le pacte social dans le sang du Christ.
Gimel. La justice et le jugement, l'amour et l'intégrité sont essentiels pour la construction de la structure politique et l'organisation des institutions économiques de notre pays.
Dalet. Par conséquent, nous pouvons dire sans aucun doute que l'engagement est le Christ. Il participe à la lutte pour la justice, il est le centre de l'ensemble de l'organisation et de l'action.
  
Mes chers frères et sœurs,
CHRIST EST LE CENTRE de la réforme profonde
Ainsi, les jeunes pasteurs baptistes sont appelés à prendre en considération le fossé social et à envisager leur participation concrète dans la vie réelle du pays. Mais encore une fois, il faut revenir à la question : dans quel sens peut-on parler du cœur du Christ dans une réforme profonde de la société brésilienne ?
Et que signifie finalement, avoir l'amour du Christ ?
Théologiquement, nous faisons la proclamation de la souveraineté du Christ, déposant sur les épaules de nos jeunes la tâche de relever le défi du moment, afin de démontrer la preuve de l'action du Christ dans le monde.
Le danger au milieu de transformations sociales rapides, est d'effacer notre pensée sociale et ainsi de prêcher un évangile qui n'est pas compréhensible et adapté aux besoins d'une société en mutation.
Le rôle des jeunes pasteurs baptistes dans une société en crise est de suivre les traces du Christ avec passion en utilisant tous les biens et les possibilités à sa disposition.

Et attention André Farias, cher pasteur baptiste, brésilien, ami et collègue, mais aussi désormais français et vous aussi tous les frères et sœurs ici présents :
Christ est au centre de la solution des problèmes du Brésil et de la France. Par extension l'ensemble de l'ouvrage, car en vertu de sa souveraineté notre action éthique est en faveur de la vie, c'est ça la réforme permanente du règne de Dieu. Et pour ce faire, nous le faisons tous ensemble à partir de notre action transformatrice que Jésus-Christ le Seigneur opère en nous.
Pour ça, comme Jésus, nous disons : "Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé." (Luc 4.43).