vendredi 4 août 2017

Une mission radicale

Notre mission
Une mission radicale


Texte

« Jésus reprit la parole, et dit: Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit: Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands? C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit: Va, et toi, fais de même ». Luc 10.30-37.

  1. La parabole du Bon Samaritain

Cette parabole est certainement une des plus célèbres de tout l’évangile. Nous ne parlerons pas en détail mais c’est d’elle que nous partirons pour traiter le thème qui nous a été proposé, au moins dans sa première partie. Vous souvenez que la question dont tout part est celle qui est posée par un spécialiste de la Loi : « Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? » La question n’était pas parfaitement sincère puisqu’il nous est précisé qu’elle était posée « pour mettre Jésus à l’épreuve ». Hériter la vie éternelle : nous sommes bien ici dans le registre de la piété.

Et Jésus renvoie celui qui l’interroge à la Loi : « Qu’est-il écrit dans la Loi ? Comment lis-tu ? » (Quelle interprétation donnes-tu toi-même de cette loi que tu reçois comme ton autorité ?). Et le spécialiste de la Loi répond en citant des paroles de la Loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même » (Dt 6.5 ; Lv 19.18). Est-ce vraiment lui qui a rassemblé ces deux textes de la Loi ou avait-il entendu Jésus le faire ? Car, dans les autres évangiles, c’est Jésus qui donne ce résumé de la Loi. Toujours est-il que Jésus accepte pleinement cette réponse et en félicite même cet homme : « Tu as bien répondu ; fais cela et tu vivras ».

Mais le but étant de mettre Jésus en difficulté, l’homme pose une autre question : « Et qui est mon prochain ? » Excellente question que nous nous posons souvent. On pourrait la formuler autrement : jusqu’où doivent aller mon amour et ma solidarité avec les autres ? À partir de quand puis-je, en toute légitimité, cesser d’aimer ? Quelles sont les limites de ce commandement d’amour : ma famille, mes proches, mon peuple, certains peuples alliés ? Et c’est cette question qui va ouvrir la porte à la parabole elle-même.

Vous rappelez certainement : Un homme passe sur la route qui va de Jérusalem à Jéricho et se fait agresser. Les bandits lui prennent tout, le rouent de coups et le laissent à moitié-mort. Plusieurs personnes vont passer sur la route et ne rien faire : un prêtre et un lévite, des gens très bien. Vient un samaritain qui s’arrête, prend soin de lui, l’amène jusqu’à l’hôtellerie la plus proche et va jusqu’à payer pour qu’on s’occupe de lui en affirmant même que si cela ne devait pas suffire, il est prêt à prendre en charge la suite.

Peut-être sommes nous trop habitués à entendre et à lire cette parabole pour pouvoir la recevoir comme les auditeurs de Jésus l’ont reçue. Tout le monde, bien sûr, est juif : Jésus et ceux qui l’écoutent. Or, les deux personnes qui donnent le « mauvais exemple » sont tous deux des religieux juifs. Quant au samaritain, il est, pour ceux qui entourent Jésus, à la fois un hérétique - pire qu’un païen, puisqu’il a une certaine connaissance de la révélation - et une sorte de personne impure. Vous rappelez que les juifs faisaient parfois de longs détours pour éviter de se souiller en passant par la Samarie.

S’il fallait retrouver un peu l’impact de la parabole, nous pourrions dire que les deux personnes qui passent sans rien faire à côté de celui qui a été agressé et laissé sur le bord de la route sont un pasteur et un prof de théologie évangéliques et que notre samaritain est un musulman maghrébin. Vous imaginez que Jésus fait alors éclater la question de la limite. Il n’y a pas de limite. Il ne s’agit plus de savoir qui est mon prochain et qui ne l’est pas, mais comment puis-je être le prochain de celui - quel qu’il soit - qui est dans le besoin. Donc, inséparable de l’amour de Dieu, nous trouvons un amour du prochain qui est concret, courageux et qui ne connaît pas de limites.

La « mission radicale » : un terme neuf pour qualifier aujourd’hui notre responsabilité de chrétiens dans ce monde. Un terme neuf pour une réalité ancienne, qui remonte à la mission même de Jésus et au message de l’ensemble de la Bible. C’est au sein de l’Alliance théologique d’Amérique latine, regroupant des théologiens évangéliques dont le bien connu René Padilla, que ce terme est né (1). Il s’agit d’une compréhension renouvelée de la mission chrétienne qui englobe la proclamation de l’Evangile par la parole et sa démonstration par notre engagement dans tous les aspects sociaux et politiques de la vie.

Le mot n’est pas dans la Bible, bien entendu... pas plus que ceux de « mission » et d’« évangélisation », qui est l’héritage d’une histoire « des » missions, dans laquelle la mission chrétienne consistait à quitter l’Occident « chrétien », à traverser des frontières pour porter l’Evangile dans des pays « païens ». Comme le relève Vinoth Ramachandra, un théologien indien, « ce concept, malgré ses faiblesses, a inspiré des milliers de missionnaires transculturels qui ont écrit quelques-unes des plus belles pages de l’histoire de l’Eglise ». Mais cette vision réductrice de « la mission » était porteuse de dichotomies néfastes : entre Eglise d’envoi et Eglise d’accueil, entre ici et champ missionnaire, entre missionnaires et chrétiens ordinaires, entre vie de l’Eglise ici et mission au loin.

Une dichotomie historique

Une autre dichotomie s’est installée au sein du mouvement évangélique dans le premier quart du XXe siècle : celle de l’opposition classique entre évangélisation et action sociale, l’évangélisation représentant la tâche prioritaire et spécifique de l’Eglise. Cette vision des priorités s’est constituée en bonne partie en réaction à l’évolution inverse qui se profilait au sein du mouvement œcuménique. Il faut rappeler que le mouvement œcuménique est né du défi d’accomplir ensemble notre mission d’évangélisation du monde, tel qu’il s’exprimait à la conférence des missions d’Edimbourg en 1910. A cette époque, l’ensemble du mouvement missionnaire protestant était marqué par le courant évangélique. C’est dans une belle unité et un grand enthousiasme que les Eglises se sont alors donné pour tâche d’« évangéliser le monde dans cette génération ».

La Première Guerre mondiale viendra battre en brèche l’idéologie de l’époque, qui liait évangélisation et diffusion de la civilisation occidentale, bien entendu. De la Conférence d’Edimbourg naîtra bientôt le Conseil international des missions (CIM), puis plus tard le Conseil œcuménique des Eglises, auquel le CIM sera intégré en 1961. Au cours de cette évolution, les mouvements évangélique et œcuménique prendront des directions divergentes sur divers points, et pour le dire de manière un peu caricaturale, les premiers se préoccuperont prioritairement de l’annonce de l’Evangile tandis que les seconds mettront l’accent sur l’engagement socio-politique.

  1. Notre fidélité à Dieu

Vous comprenez que nous sommes déjà dans notre sujet. Notre fidélité à Dieu implique un amour dévoué à celui ou à celle qui est dans le besoin, que cette personne nous soit proche ou, comme dans la parabole, qu’elle nous soit à tous égards étrangère.

Maintenant, si vous le permettez, je voudrais continuer la parabole. Nous ne sommes plus, je le reconnais, sur le terrain direct de ce que la Bible dit elle-même, mais sur celui de son interprétation. Imaginons que l’histoire continue.

Le lendemain, un autre voyageur se fait agresser et n’a pas la chance de trouver ce bon samaritain qui, lui, a continué son voyage. Quelques jours plus tard, la même chose se produit. Que faire ? Si l’on veut suivre l’enseignement de Jésus et pratiquer cet amour concret, pratique et courageux, ne faudra-t-il pas essayer de résoudre la question de manière plus large ? Nous entrerons alors dans une dimension plus vaste. Nous passerons de l’acte d’amour individuel à l’action sociale, voire politique. La motivation profonde sera exactement la même, mais cherchera à prévenir le problème plutôt que de soigner les plaies des voyageurs agressés. Ce passage de l’action individuelle et ponctuelle à une action plus large, collective et générale nous pose peut-être quelques problèmes. Nous ne sommes pas les seuls. Cela me rappelle une phrase de dom Helder Camara qui fut archevêque au Brésil. Il disait : « Quand je soulage la faim des pauvres, on dit que je suis un saint. Quand je demande pourquoi ils ont faim, on m’accuse d’être communiste ! » C’est que l’action peut parfois nous paraître suspecte et surtout aujourd’hui, où le politique a si mauvaise presse et où nous sommes devenus si sceptiques devant toute action collective.

Un tournant à partir de Lausanne 1974

Du côté évangélique, la Conférence internationale organisée à Lausanne en 1974 représente un tournant décisif. Marquée par le théologien anglican évangélique John Stott, la Déclaration de Lausanne affirme clairement que « l’évangélisation et l’engagement socio-politique font tous deux partie de notre devoir chrétien » et n’établit plus de lien de priorité entre les deux. Ce point de vue contraste avec la vision traditionnelle évangélique, celle qui s’exprimait par exemple dans une conférence analogue précédente où Billy Graham affirmait : « Si l’Eglise revenait à sa tâche principale de proclamer l’Evangile et si les gens se convertissaient à Christ, cela aurait un bien plus grand impact sur les besoins sociaux, moraux et psychologiques des gens que n’importe quelle autre action possible » – un point de vue largement présent encore aujourd’hui dans nos Eglises.

De fait, il faudra une génération entière pour que ce tournant de 1974 prenne un tour plus concret, avec le lancement du Défi Michée en 2001, Stop Pauvreté 2015 dans sa déclinaison helvétique, où les Eglises évangéliques s’engagent à l’échelle mondiale dans une action pour la justice et en faveur de tous ceux que la mondialisation laisse sur le côté de la route. Il est significatif que les voix théologiques marquantes de ce mouvement ne soient plus celles de l’Occident nanti, mais celles des pays du Sud – les penseurs latino-américains de la mission radical, ainsi que les théologiens indiens Vinoth Ramachandra et C. B. Samuel, notamment.

Une lecture renouvelée

Cette vision globale de la mission de l’Eglise s’enracine dans une lecture renouvelée – et moins sélective ! – de la Bible, et en particulier du verset chéri de nos réunions missionnaires, le fameux texte de Matthieu 28,19 : « Allez, faites de toutes les nations des disciples... » Les anglophones le nomment « the Great Commission » – expression qu’on ne peut guère traduire littéralement en français ! Vinoth Ramachandra note d’abord que cet ordre est précédé de la « grande affirmation » : « Tout pouvoir m’a été donné sur la terre comme au ciel. » Des paroles remarquables venant de celui qui vient d’être condamné à mort comme un criminel, servant d’exemple pour quiconque aurait l’audace de menacer la « pax romane » de l’époque. La notion de pouvoir doit évidemment être comprise ici à la lumière de ce contraste. Ces paroles montrent que l’Evangile concerne l’ensemble de la réalité, de notre vie personnelle à la société tout entière et à son rapport à la création.

Cette affirmation est suivie du « grand commandement missionnaire » : celui de faire des disciples. Car l’accent n’est pas sur le « allez », mais bien sur le « faites des disciples ». C’est ce dernier verbe qui est à l’impératif, et il faudrait en fait traduire « en allant, ... », ou « en chemin, faites des disciples... ». C’est donc bien dans toutes nos activités, où qu’elles se situent, que nous sommes en mission. Il n’y pas de différence de nature entre un service comme enseignant dans une école ou comme médecin dans un cabinet en Suisse et une activité analogue dans un « pays de mission ».

La mission ne se restreint plus au peuple d’Israël, mais s’étend à tous les peuples, dans toutes les cultures, dans tous les pays – Israël compris – pour les inclure dans la communauté des disciples.

Cette mission englobe enfin tous les aspects de la vie. « Apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit », dit Jésus (Mt 28,20). Il nous faut donc d’abord être des disciples pratiquants... pour pouvoir enseigner cette pratique aux autres. Clairement, ce texte placé tout à la fin de l’évangile de Matthieu renvoie aux cinq discours de Jésus qui structurent cet évangile, et en particulier le Sermon sur la montagne (Mt 5-7). C’est par leur manière d’être, caractérisée par un style de vie humble, un engagement pour la justice, l’amour des ennemis, que les disciples sont « sel et lumière » dans ce monde.

  1. L’exigence de justice

Il nous faudrait pourtant relire notre Bible. Dans le livre du prophète Jérémie, il est conseillé aux déportés de rechercher la paix de la ville où ils ont été exilés (29.7). Cette recherche implique la prière mais elle va bien au-delà. Et rappelez-vous le nombre de passages de la Loi ou des prophètes qui nous invitent ou qui invitent les rois ou les puissants à la justice. Le prophète Amos n’y allait pas par quatre chemins pour dénoncer les riches qui oppressent les pauvres et détournent la justice. Et c’est à la lumière de ces critiques que nous devons entendre l’exhortation bien connue du prophète Michée : « On t’a fait connaître, ô homme ce qui est bien et ce que le SEIGNEUR exige de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu » (6.8).

La justice n’est pas fondamentalement différente de l’amour. Elle est la forme qu’il prend dès qu’il s’agit de plusieurs personnes. Lorsque qu’une seule personne est en face de nous, il nous est demandé de l’aimer. Mais lorsque nous sommes en présence de plusieurs et que les uns exploitent les autres ou les trompent, ce qui est attendu de nous, c’est la justice, l’équité. Il est clair que, dans l’ancienne comme dans la nouvelle alliance (il suffit de relire le chapitre 5 de l’épître de Jacques pour en être convaincu), cette justice est au cœur du comportement chrétien dans la société et donc à la source de l’aspect de notre témoignage qui nous intéresse aujourd’hui.

  1. Les lignes directrices

Je voudrais terminer cette première partie en citant quelques uns de ces principes, tirés de l’Écriture, qui me semblent essentiels pour qu’un engagement dans la société puisse être considéré dans une perspective chrétienne. Il serait trop long de les énumérer tous et plus encore de les développer. Mais nous pouvons en esquisser certains.

La valeur absolue de la personne humaine.

Chaque être humain est créé à l’image de Dieu et c’est ce qui lui donne, dès la première alliance, sa dignité absolue (Gn 9.6, cf. Jc 3.9). Mais la nouvelle alliance nous révèle plus encore l’amour de Dieu pour chaque être humain. Il ne s’agit pas d’abord de peuples, de nations, de classes ou de races, mais de la personne humaine et de toute personne humaine. C’est elle qui doit être la fin véritable de toute politique. Trop souvent, les lois de l’histoire ou de l’économie ont primé et continuent de le faire. L’intérêt suprême du peuple rêvé a pris le pas sur celui des hommes et des femmes réels qui ont été sacrifiés. Ou encore le bien de la personne humaine d’après-demain a justifié l’oppression de celle d’aujourd’hui. Que devons nous placer en tête de nos valeurs : les lois de l’économie ou le bien des personnes ?

L’attention particulière aux petits et aux pauvres.

Cette priorité que l’on retrouve si souvent dans toute l’Écriture n’a pas pour fondement une vision romantique du pauvre qui serait supposé meilleur que le riche. Mais le pauvre est justement la personne humaine dont la dignité ne s’impose pas. S’il faut prêter une attention particulière à la veuve et à l’orphelin, c’est parce qu’ils sont sans défense. Ils ont besoin de plus d’attention, car il est tentant et facile de les laisser de côté. Il n’est pas nécessaire de beaucoup d’imagination pour appliquer ce principe à nos société actuelles, aux pauvres de notre pays qui ne sont plus défendus par personne ou à ceux des pays du tiers-monde qui sont eux-mêmes, en tant que nations, dans cette situation d’extrême vulnérabilité.

La recherche de la justice.

Car, encore une fois, elle est le minimum de l’amour et son application concrète en ce qui concerne une société. Toute la révélation ne cesse de proclamer son importance. Cette recherche repose directement sur ce que nous venons de dire. La justice se mesure avant tout par le traitement réservé à ceux qui sont pauvres et sans défense. Nous avons tous un sens inné de la justice lorsqu’il nous semble que nous sommes victimes d’une injustice. Mais nous sommes sujets à une étrange paralysie de ce même sens de la justice lorsqu’il va à l’encontre de nos intérêts immédiats ou simplement de notre confort. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point.

La solidarité humaine.

Tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu, d’où leur égale dignité. Ce qui veut dire que toute distinction de race, de classe, de langue ou de nation est seconde. Les communautés humaines particulières, légitimes et nécessaires, ne doivent jamais avoir le dernier mot. Nous sommes naturellement d’accord avec ce principe, mais avec quelle étonnante facilité pouvons nous le contourner et revenir à un sentiment frileux d’appartenance. Avez-vous remarqué la liberté qui est celle de Jésus par rapport aux liens familiaux qui sont pourtant souvent considérés comme les plus sacrés ?

Le réalisme.

Ce point est important. Ce que le chrétien est appelé à rechercher dans le domaine politique, c’est le bien d’une communauté humaine concrète, pas le Royaume. Une communauté d’hommes et de femmes, aimés de Dieu et pécheurs, imparfaits et infiniment respectables. Se faire des illusions et ne pas tenir compte de la réalité conduite au mieux à des échecs, au pire à des drames. Il est toujours étonnant de voir avec quel réalisme les personnages les plus importants de la Bible nous sont présentés. Il n’y a aucune idéalisation même des plus grands hommes ou des plus grandes femmes de Dieu ; leurs faiblesses et leurs fautes sont aussi clairement présentées que ce qu’ils peuvent avoir de meilleur. Il est capital que ce réalisme demeure lorsque nous cherchons des solutions aux problèmes de nos sociétés.

Voilà quelques principes bibliques qui me semblent devoir baliser notre comportement dans ce monde. Il est clair qu’ils ne répondent pas à tous les problèmes et à toutes les questions que nous pourrons avoir, mais ils sont le socle sur lequel nous pouvons essayer de construire. Il n’y a là, au fond, rien de plus que le développement pratique de l’amour du prochain. Au moins d’une forme de ce développement. L’annonce explicite de l’Évangile en est une autre, de même que l’édification de communautés qui sont autant de lumières dans le monde. Mais précisément, nos communautés ne sont et ne seront des lumières dans ce monde que si elles essaient de manifester toutes les dimensions de la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu dont elles vivent. Nous essaierons, dans la deuxième partie, d’envisager l’application de ces principes à la situation mondiale actuelle.

Une mission... radicale

C’est cette idée d’une mission qui se situe en tous lieux, dans toutes nos activités, et dans la mise en pratique de tout ce que Jésus nous a enseigné, qui est à la base de l’idée de mission radical. Cet accent sur la globalité de la mission se conclut dans le texte de Matthieu par la promesse du ressuscité : « Et voici, je suis avec vous tous les jours » (Mt 28,20).

Prendre en compte cette globalité des exigences de l’Evangile – qui mettent en lumière le lien constamment rappelé dans l’Ancien Testament entre respect de Dieu et respect de la justice sociale – représente un défi majeur dans notre monde globalisé d’aujourd’hui. L’annonce de l’Evangile n’a rien perdu de sa pertinence, mais ne nous dispense en rien de notre responsabilité face aux injustices criantes du monde, face aux ravages humains et environnementaux d’un développement basé sur le profit, face aux conflits qui continuent de déchirer notre monde. Telle est notre mission de chrétiens et d’Eglises, appelés à être pleinement engagés dans les affaires du monde, dans l’humilité et dans l’espérance que nous donne l’Evangile.

Mon ami, va, et toi, fais de même.






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